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Perez Mekem : l’empreinte d’une tradition dans la modernité 
La dernière exposition de Perez Meken, « Empreintes », a baladé les visiteurs dans l’univers culturel de l’Ouest Cameroun, avec une emphase sur des détails captivants
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Perez Mekem 

Votre dernière exposition photo tenue en 2017 à Yaoundé était intitulé « Empreintes », pourquoi ? 
En fait, cette exposition est un extrait de 16 photos contenues dans l’opuscule que j’ai publié en novembre 2016 et qui porte le même titre. Empreintes, traduit simplement la marche de ce photographe qui, par le fruit du hasard, s’est retrouvé dans un métier qu’il a choisi pour y faire carrière et par la suite y imprimer sa marque. Il s’agit en réalité d’un arrêt, à travers ces images, sur ma carrière pour présenter aux yeux de ceux qui me côtoient mes premiers pas dans la photographie d’art. Il y’a lieu de dire que pendant mon évolution dans le métier de photographe, j’ai fais la rencontre d’un horticulteur et intéressé par les roses, il m’a permis de prendre en photo des roses qu’il cultivait dans son jardin. Au départ, je filmais ces roses pour en faire des cartes postales, des calendriers de poches personnalisés que je revendais à mes camarades de classe. 

Dans cette exposition, des images évoquant le milieu traditionnel de l’Ouest reviennent plus d’une fois. Quel est le message que vous avez voulu véhiculer ?
Je tiens à dire que mon travail photographique ou artistique  s’inscrit dans un dialogue entre la tradition et la modernité. J’ai d’ailleurs crée un concept que j’ai baptisé « Figures et traditions ». À travers ce concept, j’essaie de présenter aux yeux des contemporains le regard du photographe à la lumière de nos us et coutumes et de la vie moderne qui nous envahit au quotidien. Je me pose par la suite la question sur la contribution du photographe vis-à-vis de ce monde en mutation. Pour être plus concret, je me demande si dans 20 ans, si dans 50 ans nous aurons encore tout ce que nous avons aujourd’hui. Je peux vous dire que je ne suis pas né dans l’environnement traditionnel, mais à travers mon métier, j’ai choisi de me rapprocher via mon objectif pour essayer de comprendre. Et vous pouvez constater avec moi l’envahissement de notre société par des cultures venues d’ailleurs, au point qu’il devient difficile de définir aujourd’hui qui nous sommes. Sommes-nous des noirs, sommes-nous des métis ou sommes-nous devenus des blancs ? A l’analyse, il apparait cette envie de paraitre. Du coup, on choisit de faire semblant, on essaie d’être l’autre sans savoir qui est cet autre.

Est-ce que la photographie ne contribue justement pas à paraitre ?
Certains aspects de la photographie, notamment la photo de mode, en voulant présenter une culture ou encore un savoir-faire peut faire cette peinture. En fait, dans l’idée originale, ce n’est pas véritablement le message qu’on veut passer. Il se trouve simplement qu’aujourd’hui, la photographie en tant que médium peut contribuer à transformer une société. La preuve, il n’existe pas de communication sans photo. Plus encore, de moins en moins les hommes lisent. Ils s’intéressent d’abord à la photo qui accompagne l’article et quand la photo accroche, on finit par lire l’article. Mais au-delà de ces spécificités, le photographe qui choisit une spécialité et qui veut passer un message à travers une photo, celui-là peut raconter un moment de l’histoire, toute une page de l’histoire d’une contrée.

Pourquoi le choix du noir et blanc pour l’exposition « Empreintes » dans un contexte où l’image est omniprésence au point où des chercheurs parlent de la dictature de l’image ?
Le noir et blanc à quelque chose de fort, quelque chose de magique ! Il y’a des émotions que vous ne pouvez pas transmettre par une autre couleur que le noir et blanc. Lorsqu’on n’a pas l’amour du noir et blanc et qu’on maitrise quelques règles de la technique, il est difficile de traduire fidèlement sa pensée en noir et blanc. N’en déplaise la technologie évolue, la couleur envahit, mais je dis souvent qu’il y’a une alchimie que le noir et blanc traduit que je ne peux trouver les mots pour exprimer. D’aucuns vous diront qu’une bonne photo a une âme. La preuve, c’est que quand une photo n’a pas d’âme, elle n’accroche pas. Et si à travers votre photo, vous ne pouvez pas entretenir une communication forte entre vous et ceux qui regardent vos images, c’est clair que votre travail n’intéressera personne.

Quelle est la réelle différence entre la photographie d’art et la photographie ordinaire ?
A première vue, on peut penser que la photographie d’art est un fleuve tranquille, je crois qu’il faut essayer pour se rendre compte qu’il ne suffit pas d’appuyer sur le déclencheur de l’appareil pour avoir la photo qu’on veut. Et j’ai coutume de défendre que c’est quand on s’inscrit dans la photographie d’art qu’on commence à devenir intellectuel dans le regard du photographe que je suis. Puisque cette photographie-là vous invite à identifier un ou des thèmes de travail, à décrire des scènes, à produire des images qui vont traduire votre pensée. C’est un exercice pas du tout facile où le plus souvent, on est contraint de recommencer.

A vous écouter, vous semblez nous présenter la photographie d’art comme un travail de recherche ?
C’est un travail de recherche ! Lorsque vous voulez explorer un thème, il est généralement conseillé de sortir de nos cérémonies qui sont des œuvres de commandes. Ça peut vous surprendre, mais le photographe d’art se doit de se documenter. Il doit beaucoup lire, il doit à la limite mener des enquêtes pour savoir si d’autres photographes n’ont pas effectué un travail similaire avant de rentrer en laboratoire pour sélectionner les images susceptibles d’enrichir son travail. Le photographe de reportage ne s’attarde qu’à appliquer la technique photographique. D’où, il est important pour un photographe qui veut faire dans la photographie d’art de s’armer de patience et de sacrifier beaucoup d’heures pour des recherches.

Quelle est la lecture que vous faites de l’état des lieux de la profession au Cameroun ?
La photo d’art à ce jour ne permet pas véritablement de vivre du fruit de sa recherche, mais puisqu’il faut bien de la passion pour s’engager, je garde espoir et j’estime que le salaire de ce que je fais aujourd’hui viendra. Mais à côté de cette récompense, il y’a la satisfaction. Et comme toujours un faut des révolutionnaires, parce que si tout le monde croise les doigts sous le prétexte que ça ne nourrit pas l’artisan, qui d’autre viendra faire en sorte que les choses changent ? Si au soir de notre vie, nous n’avons pas atteint le but du combat que nous menons, nous laisserons le soin à ceux qui arrivent après nous de poursuivre le combat.

Que pensez-vous de l’annonce de l’enseignement du cinéma bientôt dans les écoles primaires du Cameroun ?
La culture de l’image : je pense que c’est un travail qui doit commencer dans la cellule familiale. Parce que si un travail n’est pas fait dès la famille, le seul rapport qu’on continuera d’avoir avec la photo va toujours se rapporter au Moi. De telle sorte que quand je n’y suis pas, ça ne m’intéresse pas ! Alors que la photographie d’art va au-delà du moi. Je m’intéresse à une photo parce qu’elle me parle, parce que cette photo produit des émotions fortes en moi. Il faudrait bien qu’on en arrive là, afin que de plus en plus, un marché fort de consommation s’enracine.

D’autres projets en vue ?
Actuellement, je prépare ma prochaine exposition. J’ai plusieurs thèmes sur lesquels je travaille. C’est le signe que de grands moments sont à inscrire en 2018 et 2019.

Propos recueillis par Claudel Tchinda

 

 

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