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SUD 2017 : Pourquoi la sculpture de Sylvie Blocher a été déboulonnée ?
Des questions, des réponses et surtout des hypothèses ont été examinées au cours d’une rencontre entre chercheurs et artistes, le 09 décembre 2017, à l’Ifc de Douala.
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Sculpture de Slvie Blocher, Salon Urbain de Douala, 2017, Douala, (photo Perez Mekem)

La sculpture de Sylvie Blocher portant l’inscription : « Bien que je n’en aie pas le droit, je vous présente mes excuses » installée au lieu-dit Mobil Bonakouamouang, à Douala, a été démontée le lendemain (07 décembre 2017). Invitée à un débat sur le sujet dans un média de la place, Sylvie Blocher qui ne se définit pas comme une artiste engagée déclare avoir perçu dans les propos de ses protagonistes une violence excessive. La faute aux frustrations et nombreux non-dits pense le critique d’art, Lionel Manga. Quant à Marilyn Douala Bell qui dit assumer cette œuvre devenue un sujet « polémique », elle se désole de constater que nous sommes désormais dans une société camerounaise raciste. « Lorsque je marche dans les rues africaines baptisées des noms de colonisateur, j’imagine que les gens qui empruntent ces rues tous les jours vivent une grande violence intérieure » constate Bonaventure Ndikung qui s’interroge s’il est possible de réaliser le vivre-ensemble dans un tel contexte.

Dans le prolongement de la pensée soulignée par Bonaventure Ndikung, l’architecte sénégalais Jean Charles Tall va renseigner qu’il un mois au Sénégal, la statue d’un grand colonisateur est tombée après le passage d’un vent violent et la municipalité l’a réhabilité avec, en plus, cette inscription : A son gouverneur Fédérer, l’Afrique reconnaissante. Ce qui a lancé un débat extraordinaire en ces termes : pourquoi dépense-ton l’argent de la municipalité pour remettre en place cette statue ? Jean Charles Tall souligne que dans l’inconscient collectif des africains d’aujourd’hui, de tels actes sont inadmissibles. Le problème est que le peuple estime avoir été dépossédé de son histoire, pense Nathalie Etoke, enseignante camerounaise basée aux Etats-Unis.

Présenter des excuses au nom des colonisateurs
La sculpture de Sylvie Blocher était une manière, soutient-elle, de présenter des excuses aux camerounais pour ce que la colonisation leur a causé comme tort. La qualité de la personne qui présente des excuses à un peuple va rapidement être soulevée. Jean Charles Tall va indiquer que cette question n’engage pas sa responsabilité personnelle. Et que le reproche qui lui est fait est d’avoir voulu se substituer à un système. En examinant la phrase inscrite sur la sculpture : « Bien que je n’en aie pas le droit, je vous présente mes excuses », la chercheuse française Généviève Koubi fait savoir que le vocable « droit » utilisée dans cette phrase est généralement l’expression des pouvoirs. De quoi faire dire à Banoventure Ndikung que la langue est la métaphore de tous les problèmes de cette Afrique en miniature.
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Sculpture de Sylvie Blocher, Salon Urbain de Douala, 2017, (photo perez Mekem)

La critique d'art et chercheuse italienne Lolanda Pensa va plus loin dans l’analyse pour faire remarquer que l’œuvre en question est un autoportrait de l’auteur, ce qui est assez rares dans les œuvres d’art. Très souvent, les autoportraits sont érigés en hommage à des personnes. Elle souligne par ailleurs que ce sont en général les dictateurs qui commettent des autoportraits. En prenant en compte la taille, plus grande que la taille humaine, elle observe que c’est un élément important à tenir dans l’appréhension de l’œuvre. Plus encore, elle remarque que cette statue a été érigée à un rond-point. Et donc dans un lieu perçu comme un espace gouvernemental. Ce qui induit que la phrase contenue dans la sculpture est une phrase gouvernementale. Or, il s’agit d’une phrase  qui ne vient pas du gouvernement du Cameroun mais d’un gouvernement étranger. En confrontant ce discours avec la mémoire, il y a bien de chose à relever.

L’écrivaine camerounaise Hemley Boum, dans une position médiane, va presque trancher sur le sujet en soulignant que la demande de pardon peut être acceptée ou non. « Quand vous posez un acte, vous devez accepter la réaction en face. Quand vous demandez des excuses, l’autre est en droit d’apposer une fin de non-recevoir à vos excuses, c’est aussi son droit ». Revenant au contexte camerounais, elle se campe sur le devoir de responsabilité : « que chacun accepte à la fois de poser l’acte et d’assumer les conséquences de l’acte. De même que chacun est libre de poser l’acte et d’accepter que son acte puisse être mal interprété ou bien interprété. En tout cas, on ne peut pas donner tous les signifiants de l’acte qu’on a posé. Ça ne nous appartient plus !».

Claudel Tchinda

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