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Hugue Tchoumegni : «Le slam aide à briser le silence et à dénoncer les injustices »
11 livres déjà publié par les membres de ce collectif 237 qui considèrent le slam comme un mouvement artistique et social qui fait de la poésie un spectacle total, rythmée et souvent engagée, une performance qui contribue à mettre des mots sur les fléaux sociaux. La naissance, les acteurs, les thèmes, les projets du slam au Cameroun, parcourus dans cet entretien avec Hugue Tchoumegni.
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Spectacle de slam à l'Ifc de Yaoundé /2017 (www.hanoscultures.com)

Collectif 237 Paroles, à quoi devrait renvoyer dans l’esprit du public cette appellation ?
237 Paroles se réfère au 237, le code téléphonique du Cameroun et indique que notre collectif est un rassemblement de slameurs originaires ou vivant au Cameroun.

Comment est né ce collectif de jeunes du slam  et quel est son but ?
Notre collectif est né en 2013 à Yaoundé suite à plusieurs réunions de slameurs autrefois membres de Laphraz Slam, du Nda’a Slam et d’Ongola Slam Café. Nous souhaitions rassembler nos forces et créer une fédération de slameurs dans les 10 régions du Cameroun. Notre but est de promouvoir le slam made in Cameroon à travers des ateliers de formation et des spectacles. Les jeunes qui composent 237 Paroles viennent de différents horizons : jeunes diplômés, jeunes travailleurs, chercheurs d’emploi, élèves et étudiants.

Comment définissez-vous le slam au sein de votre entité ?
Le slam est une combinaison esthétique de tous les styles d’art oratoire. Nous l’entendons aussi comme une mise en scène spectaculaire d’œuvres poétiques. Le slam est un mouvement artistique et social qui fait de la poésie un spectacle total et vivant, une performance rythmée et souvent engagée.  

Classez-vous le slam comme de l’art pur ou de l’art métissé ?
Le slam est un art carrefour s’adjoignant à diverses disciplines artistiques dans le but de valoriser la poésie et les valeurs humaines fondamentales. Le slam se veut ouvert et offert à tous. Ses seules contraintes : le rythme, le vers, la voix, la rime et la condition sine qua non : le partage d’émotions.  Nous nous inspirons du quotidien des jeunes camerounais et de leurs rêves d’un avenir meilleur. Nos textes sont empreints d’humanisme d’humour et de philosophie. Les grands sujets d’actualité et les préoccupations mondiales à l’instar de l’Education, de la Paix, la lutte contre le terrorisme, la création de richesses pour tous et l’écologie nous inspirent fortement.

Quelle différence peut-on faire du slam et de la poésie ?
En vérité, le slam est un produit de la poésie dans la mesure où le slam est, en fait, de la poésie mise en spectacle. Ainsi tout slameur est un poète même si tout poète n’est pas un slameur. D’où nous pouvons dire que le slam vient apporter un souffle nouveau à la poésie en la rendant accessible au plus grand nombre qui la découvre ou redécouvre sur une scène ou en écoutant un album de slam.

Quels sont les thèmes récurrents sur lesquels vous slamez ?
Nous slamons sur tout sujet engagé : la promotion de la paix et de la justice sociale, la solidarité, l’éducation et la transmission des valeurs africaines, l’amour, l’humanisme et la promotion du genre. Nous aimons aussi beaucoup parler des tracas du quotidien, de ce que les jeunes vivent au quotidien, de leur combat pour se faire une place au soleil et nous valorisons la femme, la mère, l’âme sœur dans nos textes. 

Quelles sont les qualités d’un bon slameur ?
Amour des belles lettres et de la poésie, esprit d’équipe, originalité et profondeur d’esprit.

Vous mêlez les séances de slam public aux prestations théâtrales, musicales, etc. est-ce une manière de se frayer un chemin et se donner à voir dans un environnement où cette discipline semble nouvelle ?
En tant qu’art oratoire, le slam se combine aisément avec les autres formes artistiques (danse, théâtre, chant, conte, peinture…) toujours dans l’optique de rendre la poésie encore plus attrayante et divertissante pour la faire apprécier d’un plus grand public. Toutefois, à la base, le slam se fait a capella sans aucun accompagnement musical pour donner toute la place au verbe et à l’oreille qui l’écoute.
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Déclamation de texte 2017 (www.hanoscultures.com)

Le slam peut-il être utile au Cameroun, en Afrique ?
Le slam est utile au Cameroun et même à l’Afrique. Cet art mobilise les jeunes, fédère leurs énergies créatrices et leur donne la possibilité de s’exprimer, d’être entendus par les aînés et les décideurs nationaux. Le slam contribue à mettre des mots sur nos maux et fléaux sociaux. Il aide à briser le silence et à dénoncer les injustices. Par ses belles émotions et ses sonorités, le slam met du baume au cœur et valorise les langues africaines. On peut slamer en toutes les langues de nos terroirs.  

Comment vous organisez-vous pour slamer en groupe, pour recruter de nouveaux membres ?
De nouveaux membres sont intégrés au groupe au fur et à mesure que se tiennent des ateliers tous les samedis au Musée la Blackitude. De même que lorsque nous prestons dans le cadre de Slamothèque à l’Institut Français de Yaoundé. Lors de nos prestations, des particuliers sont intéressés et viennent à notre rencontre.

Quels sont les initiatives menées par votre collectif jusqu’ici?
Nous organisons chaque samedi au Musée la Blackitude des Ateliers d’initiation au slam et une fois par mois à la Médiathèque de l’Institut Français de Yaoundé nous tenons une Slamothèque (une vingtaine a déjà été réalisée).  De plus, nous participons à la mise en œuvre du Grand Slam National chaque année depuis 2015, désignant le Champion National de Slam au Cameroun. Nos deux champions actuels sont Marah Mamefeu (Champion National 2016) et Rodrigue Ndzana (Champion National 2017). Nous menons également des Dédicaces Slams d’ouvrages produits par des slameurs. Depuis octobre 2016, nous avons lancé SLAM’EDUC, le Festival Panafricain de Slam Educatif et depuis deux ans, nous assurons la direction technique de Slam School Party. De même, nous contribuons au coaching des candidats du Science Slam au Goethe Institut Yaoundé. Enfin, ce 29 avril 2017, nous avons participé au lancement de la première Journée internationale du Slam au Musée la Blackitude.

Plusieurs ouvrages slam sont dédicacés au Cameroun depuis quelques années. Combien d’ouvrages comptent les membres du collectif 237 paroles?
Nous comptons actuellement six slameurs ayant publié. Rodrigue Ndzana (1 recueil), Aubin Alongnifal (2 recueils), Yanik Dooh (3 recueils), André Ngoah (3 recueils), Free-T (1 chap book), Alain 5 Ba’aba (1 recueil), soit 11 ouvrages déjà proposés au public par des slameurs.

Des projets immédiats et à venir ?
Pour l’instant, nous préparons la deuxième édition de SLAM’EDUC, le Festival Panafricain de Slam Educatif se tenant en novembre 2017. De novembre à décembre 2017, nous aurons la troisième édition du Grand Slam National dont la finale se déroule à Kribi cette année. En mars 2018, nous prendrons part à Slam School Party 3, le Concours interscolaire du Meilleur Slameur initié par l’Association Black Showbiz.

Propos recueillis par Claudel Tchinda

 

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