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La révolte de Martin Ambara
La dédicace du tout premier ouvrage de Martin Ambara « Roméo et Juliette… Assez ! » au laboratoire du théâtre de Yaoundé a suscité un vif débat sur l’esthétique africaine de la discipline 
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Dédicace ouvrage Roméo et juliette... Assez!, 09/03/2018 (www.hanoscultures.com)

Des voix graves, tendres, suaves. Des voix d’hommes et de femmes. Des mots, des affirmations, des répliques et aussi des jurons à l’instar de cette phrase « putain de vous, de moi, de point point » et pourtant un acteur a semblé avertir peu avant : « pas de gros mots ». Des mimes, des pantomimes, des rires, des propos repris en chœurs et des onomatopées (woo : aboiement de chien par exemple). Le public présent à la dédicace du tout premier ouvrage du comédien et metteur en scène, Martin Ambara, le 09 mars 2018 au Laboratoire du théâtre de Yaoundé (Othni) a eu droit à un spectacle entier. Une mise en lecture dans le noir. Le mouvement quasi-permanent des comédiens. Les six acteurs conduits par Ousmanou Sali, repartis sur scène et dans toute la salle avaient chacun une lampe-torche fixée au front pour éclairer son texte. Au finish, une représentation aboutie, avec une parfaite maitrise des rôles que des rares ratés et hésitations n’ont en rien entamé. 

En plus des éléments de singularité qui sautent aux yeux dès la lecture-spectacle, les acteurs mis en scènes dans la première partie de l’ouvrage de 93 pages sont nommés par le rôle qu’ils incarnent : un comédien, un autre comédien, l’homme qui traverse la scène avec son chien, son chien, l’auteur, le perroquet, première bouche, deuxième bouche. Une rupture évidente avec les habitudes de distribuer des noms, mais surtout des prénoms occidentaux aux acteurs du théâtre africain. Très pénétré par la littérature occidentale, Martin Ambara confesse avoir longtemps cru que Roméo et Juliette était une histoire d’amour vraie jusqu’à ce qu’il entre au théâtre et découvre qu’il ne s’agit que de la pensée d’un homme. 
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Lecture Spectacle à la dédicace ouvrage Roméo et juliette... Assez!, 09/03/2018 (www.hanoscultures.com)

La corrélation entre les noms des acteurs d'Ousmanou sali d’avec le texte qui conclut la mise en lecture est vite perçue. Ce discours très élaboré sur le point final qui laisse pressentir la volonté d’en finir, mieux d’en découdre avec des convenances. Le dramaturge va pousser plus loin les lignes de la résistance pour engager un dialogue avec l’alphabet. De A à Z avec un O amnésique qui a perdu son mari à la guerre de …, un R qui revendique une dépendance à l’alcool et à la cigarette, un H qui se fait appeler Hermann le laboureur… Un moyen pour l’auteur de s’insurger contre la fabrication des actueurs.

Roméo et Juliette… Assez ! est aussi marqué par des évocations à la littérature africaine, notamment les ouvrages de référence tel que le Vieux nègres et la médaille. Un des indices patents est la présence du nom Joltan. Pour l’enseignant François Bingono, Bingono, intertextualité relatif à ce chien qui parle tout nous fait remonter à la nuit des temps où les hommes et les animaux échangeaient en vivaient ensemble. L’ouvrage est donc proprement traversé d’éléments de cosmogonie africaine sous-tendus par l’épopée du Mvet et de nombreux mythes bantous. Les mots Yeti, Ndjou-Ndjou, les noms Ngono la Nue, Fatou Ndiaye… donnent aussi une coloration africaine au texte. Les sujets abordés côtoient la création du monde, l’amour, la sexualité, la religion et au centre des intérêts : l’identité.

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Echange avec la presse à la dédicace ouvrage Roméo et juliette... Assez!, 09/03/2018 (www.hanoscultures.com)

Dans la dernière partie de l’ouvrage sortit des presse de la maison d’édition Proximité, l’auteur convoque Roméo et Juliette pour jouer, cette fois, à sa manière, pour proposer autre chose que ce qui a été jusqu’ici dit et entendu au théâtre. Il faut sortir de la dictature du modèle occidental qui vous dicte ce que vous devez faire, ce que vous devez penser, s’énerve le lauréat du prix Visas pour la création de Culture France.  Wilfred Mwenye, le préfacier de l’ouvrage souligne que livre s’interroge sur la nature du théâtre africain et se pose la question suivante : comment produire une œuvre proprement africaine avec une esthétique particulière. Et l’on saisit mieux cette phrase inscrite à la page 75 : il accouche l’idée géniale de se la refaire sa foutue existence.

Claudel Tchinda

 

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