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« Les films africains posent les problèmes de la société, à des degrés et critiques divers. »
Cinq année d’existence et le cinéma numérique ambulant (Cna) enchaine les actions comme une bobine qui se déroule. « Dix fois, dix villages », « Cinéma pour tous », « semaine du cinéma brésilien »….
image a la une stephanie Dongmo
Stéphanie Dongmo, présidente du Cna Cameroun, Ouagadougou, Fespaco ( http://www.hanoscultures.com/index.php/cinema/756-fespaco-un-festival-pour-decoloniser-les-ecrans-africains)

En 2015 déjà, l’opération « Cinéma pour tous » avait permis de sillonner les villages de 4 régions. Quel bilan faites-vous de cette campagne ?
Le projet « Cinéma pour tous », développé par le Ministère des Arts et de la Culture avec l’appui financier de l’Ambassade de France au Cameroun, a consisté en l’organisation de 100 séances de projections cinématographiques dans quatre régions du Cameroun où l’activité cinématographique est quelque peu développée, à savoir : le Centre, le Littoral, l’Adamaoua et le Sud-Ouest. Nous avons donc organisé 100 projections-débats dans 100 localités, pour un total de 28 000 spectateurs. Nous avons acheté pour deux ans les droits d’exploitation non exclusif de 12 films camerounais ; certains sont échus, d’autres courent toujours. Le cinéma camerounais et africain a rencontré son public, nous avons amené les professionnels à discuter directement avec leur public.

Lors de cette opération « Cinéma pour tous » financée par le C2D Culture, l’un des objectifs était l’acquisition des droits d’exploitation des films camerounais. Sur combien de films avez-vous acquis des droits à ce jour ?
Nous étions partis pour 10 films mais au total, nous en avons acquis 12, longs et courts-métrages, documentaires et fiction, sortis à partir de 2000. Notamment « Ninah’s dowry » de Victor Viyuoh (95mn, 2012), « W.A.K.A » de Françoise Ellong (1h35, 2013), « Le mariage d’Alex » de Jean-Marie Teno (45mn, 2002), « L’appel » de Patricia Kwende (19mn, 2013), « Confidences » de Cyril Masso (1h30, 2006), « A little lie a little kill » de Tebo Njei (1h58, 2014), « Afrique les petits métiers de la rue » de Guy Foumane et Sébastien Tézé (12mnx10, 2006), « La file offrande » de Mbouombouo Mama (1h10, 2006), « Le tueur silencieux » de Blaise Pascal Tanguy, « Deuxième bureau » de Dieudonné Nana (1h30, 2013), « Jackpot » de Rostand Wandja et Nabe-Daone  (5mn, 2013).
Mais le CNA n’a pas attendu ce projet pour commencer à acquérir les droits d’exploitation de films. Le CNA Afrique basé à Ouagadougou, qui est la structure de coordination des CNA, acquiert régulièrement les droits d’exploitation des films qu’il met à la disposition de l’ensemble des associations CNA. Ainsi, nous venons récemment d’acquérir les droits de deux films burkinabés : « Tu me prends pour qui » (92mn, 2014) d’Oumar Dagnon et « Zabota » (92mn, 2012) d’Ibrahim Olukunga. Et nous allons poursuivre l’acquisition de droits d’exploitation de films africains cette année.

Quels enseignements, concernant globalement le cinéma, avez-vous tirés de la projection des films dans des coins, souvent perdus, du Cameroun ?
Le cinéma intéresse les gens, c’est indéniable. Le CNA a permis à des centaines de personnes de découvrir, de comprendre et d’aimer le cinéma. Il y a un public qu’il faut conquérir et surtout fidéliser par des projections régulières, qui vont permettre aux gens de développer une culture critique de l’image et d’acquérir une pratique cinématographique. Et ça, c’est ce qui manque le plus. Par ailleurs, les films africains posent les problèmes de la société, à des degrés et critiques divers. Le divertissement se mêle ainsi à la réflexion pour participer à la construction des imaginaires, des identités et de la conscience collective.

Loin de l’expérience de 2012 « dix fois, dix villages », le Cna collaborent avec des festivals de cinéma. Quelle plus-value tirez-vous de ces collaborations ?
Nous n’avons malheureusement pas encore collaboré avec le festival Yarha, mais plutôt des festivals comme Mis me Binga, Ecrans Noirs et plus récemment l’œil du Kwatt. Par les projections en plein air dans les quartiers, nous décentralisons la programmation de ces festivals. Nous sortons les films du festival des salles qui ont déjà leur public pour aller vers les populations, monsieur lamda. Nous permettons ainsi à ces festivals de toucher un public qu’ils n’auraient peut-être pas pu toucher autrement, et au final, le festival gagne en audience auprès des populations.

Semaine du film brésilien, Comeback to school, Cinéma pour tous, sensibilisation aux actes d’état civil, diffusion des films africains entre autres, est ce que vous n’embrassez pas trop large ?
Non, pas du tout. Dans notre contexte, les organisations culturelles sont extrêmement fragiles et sont en permanence menacées de disparition. Il est donc nécessaire de multiplier les actions pour pouvoir survivre et continuer à travailler. En plus le champ est vaste, il y a beaucoup à faire.

Avec les soutiens des partenaires tels qu’on le voit, vous enchaînez les campagnes au point de laisser imaginer que vos n’éprouvez aucune difficultés ?
Les difficultés existent toujours. La difficulté première est le financement qui est rare, pas seulement pour le CNA mais pour les organisations culturelles dans leur ensemble. On aimerait faire beaucoup plus, mais on se sent comme avec les mains liés.

Après l’actuelle campagne pour le cinéma brésilien, pour la deuxième saison consécutive, sur quels projets en perspectives travaillez-vous déjà ?
Nous allons lancer dans les prochains mois une campagne de sensibilisation en faveur de l’enregistrement des naissances et contre le mariage des enfants dans les régions de l’Extrême-Nord et de l’Est Cameroun. Nous allons aussi produire deux films qui vont servir de support à cette action. Nous restons bien sûr ouverts pour travailler avec toutes les organisations et personnes qui le souhaitent.

Entretien réalisé par Claudel Tchinda

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