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« Il y a beaucoup d’enfants avec plusieurs actes et plusieurs pères »
Le Cinéma numérique ambulant engrange des collaborations pour des opérations de sensibilisation depuis 5 ans. Le bilan de ces actions pionnières brossé par la présidente du Cinéma numérique ambulant.
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Stéphanie Dongmo, présidente du Cna Cameroun lors de la présentation du projet "Cinéma pour tous"

2017 marque la cinquième année d’existence du Cna, comment se porte l’organisation que vous dirigez ?
Le Cinéma Numérique Ambulant Cameroun se porte de mieux en mieux. En 2016, nous avons réalisé 168 projections cinématographiques dans 163 localités du Cameroun et diffusés 96 films différents, touchant un public de plus de 100 000 spectateurs. Nous avons aussi acquis une troisième unité mobile de projection. Ce n’est pas encore assez, nous espérons légitimement beaucoup plus mais nous sommes reconnaissants des petites avancées que nous faisons et les apprécions à leur juste valeur.

La dernière actualité du Cna est la collaboration avec l’ambassade du Brésil pour la promotion du cinéma brésilien, dans le cadre de la Semaine du film brésilien. Quelle spécificité se dégage de ces films brésiliens ?
Depuis 2015, nous organisons, avec l’Ambassade du Brésil à Yaoundé, une semaine du cinéma brésilien. Au cours de cette semaine, nous donnons la possibilité au public de Yaoundé de découvrir les productions brésiliennes. C’est un cinéma qui connaît une belle embellie. En 2016, le Brésil, qui dispose de 3 168 écrans a produit 143 longs-métrages qui ont fait plus de 184 millions d’entrées. Il existe aussi au Brésil un cinéma noir qui s’affiche et s’affirme de plus en plus, vers lequel nous voulons aller pour sortir de l’amnésie collective ambiante. Au Fespaco 2017 à Ouagadougou, le CNA a d’ailleurs consacré une soirée au cinéma afro-brésilien. Ce sont des films qui permettent de garder vivante la mémoire et les traditions d'origine africaines dans la culture brésilienne, dans la mesure où près de 60% de la population brésilienne est noire, issue de l’esclavage.

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Laprésidente du Cinéma Numérique ambulant (Cna) Sur le terrain

Votre activité en 2016 a été marquée par l’opération dénommée Campagne nationale de sensibilisation aux actes d’état civil sur laquelle vous planchiez et qui a été lancée en avril 2016. Où en êtes-vous ?
Cette campagne de sensibilisation à l’établissement des actes d’état civil, que nous avons menée en partenariat avec le Ministère de l’Administration territoriale et de la décentralisation ainsi que la société conseil CIVIPOL a été bouclée en fin d’année. Le bilan est largement positif. Nous sommes partis pour 100 séances mais nous avons finalement organisé 124 séances de projections-débats sur ce thème dans 121 localités pour un public estimé à 84 000 spectateurs. Nous avons produit trois films de sensibilisation sur l’acte de naissance, l’acte de mariage et l’acte de décès, et près de 2000 copies de ces films en français et en anglais ont été mis à la disposition des officiers et secrétaires d’état civil sur tout le territoire, pour poursuivre le travail de sensibilisation des populations. Nous avons permis l’information des populations sur les bienfaits des actes d’état civil. Le message est bien passé, les populations sont plus conscientes de l’intérêt des actes d’état civil mais aussi plus exigeantes envers les autorités municipales quant au respect de leurs droits. Les secrétaires et officiers d’état civil sont plus conscients de leur responsabilité, la campagne a boosté leur travail. Dans nos recommandations, nous avons noté les freins à l’établissement de ces actes que nous avons soumis au gouvernement. Cette campagne a vraiment été opportune, et ce que les communes attendent, c’est qu’elle se poursuive.

À propos du message véhiculé dans le cadre de cette campagne, quelles ont été les réactions des publics des villages du Cameroun qui accueillaient les projections du Cna?
Après chaque projection, le CNA organisait un échange avec le public. Les sous-préfets, maires, officiers et secrétaires d’état civil, médecins étaient là pour discuter avec les populations, leur expliquer davantage l’intérêt des actes d’état civil à partir de la déclaration de naissance, et répondre à leurs questions. Cet espace est très important car il permet d’établir le dialogue entre autorités en charge de l’état civil et populations.
Ces échanges ont permis de comprendre qu’il existe encore beaucoup trop de personnes qui n’ont pas d’acte de naissance, qu’il y a un nombre élevé de faux actes de naissance en circulation ; qu’il y a beaucoup d’enfants avec plusieurs actes et plusieurs pères ; que plusieurs parents considèrent la déclaration de naissance délivrée au centre de santé comme étant un acte de naissance ; que beaucoup connaissent l’importance de cette pièce mais la néglige ; que plusieurs centres d’état civil ne peuvent pas délivrer des actes de naissance à temps faute de registre disponible ; que beaucoup d’officiers et secrétaires d’état civil ont besoin de formation et de recyclage.
Sur la question de l’acte de mariage, les femmes étaient celles qui prenaient le plus la parole pour se plaindre de ce que les hommes rechignent à franchir le cap. Les hommes eux, disaient ne pas avoir les moyens de payer la dot avant comme l’exige la tradition. On s’est rendu compte qu’en général dans les villages, les actes de mariage et de décès sont considérés comme une affaire de fonctionnaires pour toucher des primes, ou entrer en possession de l’héritage d’un défunt.
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Equipe du Cna dans l'arrière pays

En  2016, le Cna s’est déployé, aux côtés de Plan Cameroun, dans les camps de réfugiés centrafricains et les communautés vulnérables à l’Est dans le cadre du programme «Come-back to school». Cette opération a-t-elle été aussi simple et facile à réaliser ?
Le CNA avait été retenu dans le cadre d’un appel d’offres lancé par Plan Cameroun pour l’organisation d’une campagne de sensibilisation dans les camps de réfugiés et dans les communautés hôtes de l’Est, en faveur d’une éducation de qualité des enfants de 3 à 17 ans sans discrimination de genre. Il s’agissait de développer leur résilience afin qu’ils continuent à envoyer leurs enfants à l’école, même en situation de crise ; d’inciter les parents à inscrire leurs enfants à l’école et les enfants à suivre sérieusement leurs études par la fréquentation régulière et suivie des cours. Le CNA a travaillé dans une trentaine de sites : Bedobo, Boubara, Ouro-Idje, Ketté, Mboumama, Tocktoyo, Adinkol, Boulembe, Nguindi, Mobé, Mandjou II, Mandjou I, Colomine, Woumbou, Garga Sarali, Tongo-Gandima, Guiwa-Yangamo, Yangamo, Sandji I, Sandji II, Nyabi, Gaina, Bombé Bakary, Lolo, Mbilé, Timangolo. Cette opération n’a pas été si simple. En plus du très mauvais état des routes, il a fallu faire face à l’insécurité. L’équipe du CNA a dû recourir au BIR et à la Gendarmerie nationale souvent. Mais tout s’est heureusement bien passé, grâce à notre expérience du terrain et à l’appui de Plan Cameroun. 

Qu’est-ce qui vous aura marqué dans ce projet ?
J’ai été triste de constater qu’ici au Cameroun, il y a encore des localités où l’école est « haram » et où les femmes n’ont pas droit à la parole et où les autorités villageoises sont réfractaires à la sensibilisation. Il y a encore du travail à faire.  Mais j’ai aussi été marqué par l’accueil chaleureux de la plupart des villages. J’ai été heureuse de voir des sourires sur les visages des personnes réfugiés. Le cinéma avec sa magie leur apporte un appui psycho-social.

Entretien réalisé par Claudel Tchinda

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