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Stéphanie Dongmo : « le public qui est le premier producteur du film»
Qualité des films, disponibilité des salles de projection, programmation dans les festivals... ces différents aspects évoqués en amont de la diffusion attestent que le cinéma ne se porte pas du tout bien en Afrique subsaharienne
image a la une les petits pas du cna
Stéphanie Dongmo, archives (www.hanoscultures.com)

Quel est l'intérêt de cette conférence sur la diffusion du cinéma dans les pays francophones?
Le Cna est un diffuseur important dans neuf pays d'Afrique. Et comme nous travaillons sur le terrain, nous sommes toujours occupés à montrer les films. Aussi, à l'occasion de cette cinquième édition des trophées francophones du cinéma, nous avons voulu prendre le temps de réfléchir à ce que nous faisons comme travail, nos pratiques, notre place de diffuseur parmi d'autres diffuseurs et de voir ce qu'il y'a lieu de faire pour améliorer nos manière de faire. Etant donné que nous sommes le relai entre les producteurs et le public. Ce qui nous permet d'analyser les nouveaux canaux de diffusion qui existent aujourd'hui. Et surtout, comment est-ce qu'un réalisateur peut faire pour que son film soit vu ? C'est à tout cela que nous réfléchissons aujourd'hui.

Quel est l'état de santé de la diffusion des films en Afrique et précisément au Cameroun ?
La diffusion en Afrique francophone est assez difficile. Au Cameroun, il y'a des films qui sont produits, cependant très peu sont exportables. Et ces films exportables ne sont pas assez bien distribués. Résultat, ils ne sont pas connus du public. A la limite, on connait la tête de l'acteur, du réalisateur, mais peu de personne regarde les films. Lorsque vous parlez de Basseck Ba Kobio, beaucoup de personne le connaisse, mais combien de personne peuvent parler de son film ? Il est nécessaire de rapprocher le film du public. Parler de la diffusion, c'est aussi parler du public. Qu'est ce qui est fait pour que le public ait accès au film ? Qu'est ce qui est fait pour que le public puisse aimer les films ? Sans le public, il n'y a pas de cinéma. Malheureusement, on a très peu de diffuseurs. Et pour ceux qui existent, la qualité des films proposée est à questionner. Il me semble qu'un accent n'est pas mis sur la valorisation des productions locales.

Au cours des échanges les problèmes de financements, de programmation sont revenus avec insistance ?
La diffusion ne s'inscrit pas ex-nihilo comme vous le constatez d'ailleurs. Le cinéma c'est une chaine. La production, la diffusion et même la distribution sont liés. Si un maillon est malade, cela se récent fortement. C'est pourquoi il est difficile de parler de diffusion sans évoquer, à un moment, la production. Parce que la bonne santé de la diffusion dépend de la bonne santé de la production.

Les nouveaux canaux de diffusion ne sont-ils pas une opportunité ?
Nous souhaitons que la diffusion soit plus forte à la faveur de la multiplicité des canaux de diffusion. Aujourd'hui, on peut regarder son film en VOD, sur son téléphone portable, etc. Mais est ce que toute cela est efficace, c'est la question qu'il faut se poser. Je prends aussi les initiatives développées par des réalisateurs comme Thierry Ntamack de distribuer ses productions et une autre question se pose. Est-ce que en tant que cinéaste, on peut tout faire ? On ne peut pas en même temps s'investir efficacement dans l'écriture du film, la réalisation, la production et encore dans la diffusion !

Le Cinéma numérique ambulant par sa formule de diffusion dans les zones reculées se porte plutôt bien ?
Vous savez que le cinéma n'est pas gratuit et que le Cna ne fait pas une diffusion commerciale des films. En tous les canaux de diffusion se complètent. Il faut amener les gens à comprendre que le film coûte de l'argent et que c'est le public qui est le premier producteur du film. Le public doit comprendre qu'il faut payer l'accès au film. Le Cna ne peut pas, à lui tout seul, suffire pour la diffusion des films. Nous ne sommes qu'un maillon de la chaine. Parce que le travail que nous faisons est de donner l'envie aux gens de regarder les films, de montrer aux gens ce qui existent comme productions pour qu'ils aient envie de continuer à regarder des films. Mais il faut qu'en amont, il y'ait des salles. Une fois que nous passons dans des villages, nous diffusons des films, s'il y'en a qui ont envie de continuer de vivre cette passion, il faut bien qu'il y'ait des salles, des festivals, des événements réguliers. Du moment où nous ne nous installons pas dans les lieux que nous traversons, nous sommes des ambulants. S'il n'y a pas ce dispositif de salles, de festivals, etc. le travail et l'effort que nous faisons pour que les gens s'intéressent aux films est perdu. On retombe dans la situation de départ où personne ne s'intéresse plus au cinéma. Mais en plus de cela, il faut mettre en accent sur la programmation afin que les films proposés soient de meilleures qualités.

Propos recueillis par Claudel Tchinda

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