Google+

L’archéologie dans les grands chantiers
Des fouilles menées sur les chantiers de construction du pipeline, des barrages, de bitumage des routes permettent de découvrir des traces de notre histoire enfouis dans le sol
image a la une archeologie sapar1
Tesson de poterie de Fondjomekwet (région de l'Ouest), écembre 2017, (www.hanoscultures.com)

Dans des grands coffrets en vitres, installés à l’aile droite de l’esplanade du musée national, sont soigneusement rangées des objets en pierres, en fer, des ossements humains, etc. Ces objets ont fait l’objet de fouilles archéologiques dans des grands chantiers initiés en collaboration avec l’Etat du Cameroun entre 1999 et 2012. Lesdites fouilles effectuées juste avant la matérialisation des projets en question sont qualifiées d’archéologie préventive. Il s’agit de procéder à la fouille des sites de projets juste avant le début des travaux. Question de prélever les traces de ce qui peut rendre compte des périodes antérieures de l’histoire du pays, de l’histoire d’une aire géographique.

Le premier coffret contient des mâchoires de singe, des dents de cyncirus cafer (porc), des ossements humains, des racloirs et grattoirs (pierres taillées). Ces objets ont été récupérés pendant les fouilles du site Shum Laka Rock Shelter-Mbu Baforchu dans la région du Nord-ouest. Datées en Angleterre à l’aide du carbone 14, les pierres retracent les différentes périodes de l’histoire humaine. Le médiateur de cet espace, Ghislain Djeugoué, étudiant en archéologie, renseigne que lesdites pierres sont intercalées entre 300 mille ans et 30 mille ans. Ce qui représente l’âge ancien de la pierre (paléolithique), l’âge moyen de la pierre (néolithique) et l’âge récent de la pierre (l’âge des métaux). De cet âge récent de la pierre, apparait la manipulation du fer ainsi que les autres pratiques sociales qui vont évoluer jusqu’au stade actuel, en Afrique centrale. Le coffret des objets retrouvés sur une dizaine de site lors du bitumage de la route Bertoua-Garoua Boulaï (1999-2003) présente également des pierres polies, des pierres taillées.

Des morceaux de vases en terres cuite sont l’essentiel de ce qui a été récupéré juste les travaux sur le tracé du pipeline Tchad-Cameroun entre 1999 et 2003. On y perçoit des dessins d’une grande netteté sur le pourtour supérieur servant à l’embellissement de ces vases. La datation des céramiques a aussi été effectuée en Angleterre à l’aide de la thermoluminescence. De même que les travaux de restauration et de conservation indiquent Ghislain Djeugoué. Les vases en terre cuite sont également présents dans la collection recueillie avant la réalisation du barrage Lom Pangar. Des vestiges archéologiques issus des fouilles du site Mbimbawara en novembre 2012. D’après Irène Mbenoun, doctorante en archéologie, des fouilles menées à l’occasion des grands projets constituent l’archéologie de sauvetage et l’archéologie préventive. Celles-ci permettent de sauvegarder le patrimoine archéologique qui se trouve sur l’emprise du projet, afin qu’il ne soit pas détruit par les travaux de construction.

La monnaie ancienne
Les vestiges tirés du site du barrage de Lom Pangar sont constitués en partie du fer. Mais les objets en fer exposés dans le coffret du site de Campo dans la région du Sud sont encore plus illustratifs ; pointes de flèche, haches anciennes, blocs de collier… les fouilles archéologiques de ce site ont été facilitées par l’érosion. A cause ou grâce à l’érosion, des objets alors enfouis dans le sol étaient rendus visibles, nous dit l’archéologue Bissai Sokona. Pendant les fouilles, dit-il, ces objets étaient superposées ; la poterie au-dessus, le fer en dessous. Ce qui devait traduire la façon d’effectuer les mises en terre dans cette aire culturelle. Pour Irène Mbenoun, ces éléments renseignent sur le mode de vie des hommes d’autrefois, des communautés, des sociétés aujourd’hui disparus. C’est un aperçu de la manière dont ces peuples vivaient.
image a la une archeologie sapar2
Etui des pièces de monnaie anciennes, rayon archéologie, esplanade musée national, Sapar, décembre 2017, (www.hanoscultures.com)

Le coffret du site de Campo comporte en plus un étui dans lequel sont logées des petites fines plaquettes de fer, sous plusieurs formes. Ces plaquettes servaient comme monnaie d’échange. Bissai Sokona précise que le fer avait alors, après le néolithique, la plus haute valeur. Il substituait les modalités d’échange basé sur le troc. Par ailleurs, des pratiques de cette période accordaient à certaines barrettes de fer une valeur telle qu’elles étaient par exemple utilisées pour payer la dot. Nous nous retrouvons avec des fragments de connaissance sur une grande partie de l’histoire des peuples du Cameroun qui restent inconnues. La faute aux recherches faites de manière éparse, justifie Irène Mbenoun. En outre, avoue-t-elle, une recherche systématique pour comprendre les fondements de nos sociétés n’a pas encore été faite.

L’exposition archéologique faite à l’occasion du premier salon des arts patrimoniaux et de l’archéologie du Cameroun ou Sapar, organisé du 20 au 24 décembre 2017, à l’esplanade du musée national, donne de découvrir mais aussi d’apprendre un peu plus sur les peuples d’Afrique centrale. L’occasion a d’ailleurs offert à des visiteurs d’engager un échange avec des médiateurs sur la contribution de l’archéologie à la compréhension de l’évolution et des migrations des peuples. L’éventualité d’une remise en cause de la thèse selon laquelle les bantous sont partis de l’Egypte pour s’installer à leurs sites actuels a fixé les uns et les autres sur l’utilité de cette science qui, de l’avis de certains, peine à bénéficier d’une considération légitime en Afrique Centrale.

Claudel Tchinda

 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

     Nos Partenaires
 blackitude  Trust-for-Africa-work-art
Organe d'Information Culturelle et Touristique Panafricain en Ligne. HANOSCULTURES.COM remercie tous ses partenaires et annonceurs.
Contact: 00 237 22 80 68 63